Türkiye Cumhuriyeti

Brüksel Büyükelçiliği

Büyükelçilik Duyurusu

Büyükelçi N. Murat Ersavci’nın 10 Aralık Tarihinde “la Libre Belgique” Gazetesinde “meydanı Tarihçilere Bırakmalıyız” Başlığıyla Yayınlanan Makalesi. , 10.12.2010


 

Place aux historiens

 

M. Murat ERSAVCI

 

Ambassadeur de Turquie

 

L’article de M. Pierre Mertens, « Exercice de mémoire » publié dans La Libre Belgique du 26 novembre 2010 aboutit à une conclusion simple: il suffirait que la mémoire des uns, les Arméniens, soit intégralement absorbée par les autres, les Turcs.

 

Or la mémoire des Turcs est différente de celle des Arméniens.

 

Notre mémoire recouvre d’abord neuf siècles de vie commune, durant lesquels les Arméniens et les Turcs vécurent en harmonie. Les Arméniens s’intégrèrent bien à l’Empire ottoman et y occupèrent les plus hautes fonctions.

 

Elle contient aussi nos propres souffrances du début du siècle dernier: Le traumatisme profond de la Première Guerre Mondiale, durant laquelle L’Empire combattant sur huit fronts, fut trahi par ses sujets, abusé par ses alliés, dévasté. Trois millions de personnes, dont 2,3 millions de Musulmans périrent dans l’Anatolie seule. Sur une population d’environ 13 millions qui habitait la nouvelle République de Turquie à la fin des années vingt, plus d’un tiers venaient d’ailleurs ; meurtris, appauvris, déracinés.

 

La Turquie ne doit sa survie en tant qu’Etat indépendant qu’à la grandeur d’un seul homme, Mustafa Kemal Atatürk. La république qu’il a fondée va forger une nouvelle identité nationale, un modèle de société.

 

La mémoire du désastre persiste, mais elle se dissout dans la volonté de renouveau. Les citoyens d’origine arménienne sont bien intégrés. Ils ont des droits particuliers découlant du Traité de Lausanne de 1924. Des amitiés durables se forment entre les communautés.

 

Mais la fin de vingtième siècle réserve aux Turcs un nouveau traumatisme.

 

Le 17 janvier 1973, le Consul Général de Turquie à Los Angeles et son Vice-consul sont assassinés par une personne d’origine arménienne. C’est le prélude d’une série de près de deux cents actes terroristes menés contre divers intérêts turcs. 34 citoyens turcs, pour la plupart des diplomates, leurs épouses et leurs enfants, sont tués.

 

A Bruxelles, Dursun Aksoy, attaché de l’ambassade de Turquie, est assassiné le 14 juillet 1983.

 

Ces victimes sont jeunes. Elles n’ont rien à voir avec une quelconque décision prétendument prise par les autorités ottomanes.

 

En même temps que cette campagne terroriste, des ouvrages qui attaquent férocement la Turquie sont publiés en Europe. Les thèses qui y sont exposées sont reprises par les avocats pour la défense des terroristes. Pour l’opinion publique turque, sous le choc et dans l’incompréhension, il s’agit d’une seule et même campagne.

 

Ces événements sont encore récents. Les plaies sont vives. La mémoire des Turcs est aussi très douloureuse.

 

Dans ce contexte amer, la mémoire des peuples ne fusionnera pas d’elle-même. Nous pensons que le seul élément de rapprochement peut être un travail objectif d’historiens.

 

Un dialogue réel entre la Turquie et la République d’Arménie existe depuis quelques années. La diaspora arménienne ne devrait pas s’y opposer.

 

La création d’une commission historique conjointe est une des dispositions des protocoles d’accords signés mais pas encore ratifiés entre les deux pays. Cette commission, qui comprendrait aussi des spécialistes de pays tiers, pourrait travailler dans les archives turques et arméniennes (dont certaines sont aujourd’hui inaccessibles pour les chercheurs étrangers, contrairement aux archives turques) mais aussi dans les archives de tous les pays tiers concernés.

 

Pour la plupart des chercheurs turcs, les connaissances accumulées et les documents des archives à notre disposition ne confirment pas la thèse d’un génocide. Mais ce qui ressortira d’un tel travail conjoint sera accepté par les Turcs et par leur Gouvernement.

 

Ce que nous voulons aujourd’hui est de pouvoir parler du passé ouvertement et objectivement. Nous pensons que les peuples turc et arménien ont assez de maturité pour un tel dialogue, et, le cas échéant, pour partager leurs douleurs. Parler du passé, mais aussi de l’avenir. Ne faudrait-il pas également désormais se concentrer à construire un meilleur avenir ensemble ?