Discours prononcé par S.E.M l’Ambassadeur İsmail Hakkı MUSA lors de la Réunion intitulée, « Turquie, une puissance régionale », organisée par la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Bruxelles

İsmail Hakkı Musa 18.04.2012

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,


1. C’est un plaisir et honneur pour moi d’être ici aujourd’hui, à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bruxelles et je me réjouis de pouvoir m’adresser aux distingués hommes d’affaires de la Capitale Belge.

Répondant à votre aimable invitation à laquelle je suis très sensible, je tâcherai de vous parler des opportunités économiques et commerciales de notre pays, tout en essayant de nous structurer dans le contexte politique lié en particulier à notre processus d’intégration européenne qui en constitue l’encadrement dans une large mesure.

La Turquie a fait couler beaucoup d’encre durant ces dernières décennies, tant du point de vue politique qu’économique. Les stratégies qu’elle adopte semblent parfois motiver des interrogations. Il convient par conséquent d’élucider les éléments de réponse. Ils sont d’ordre structurel et économico-politique.

2. Suivant les développements survenus à l’échelle internationale, notre pays procède, depuis quelques années à un déploiement diplomatique dont le but est de renforcer notre visibilité dans des pays où nous n’étions pas présents jadis. Les pays les plus concernés sont ceux de l’Afrique sub-saharienne et de l’Amérique latine. Nous avons ouvert plus d’une vingtaine d’ambassades et de consulats généraux dans ces contrées depuis 2009. Cette consolidation d’infrastructure nous permet de mieux cerner les questions globales, et de contribuer avec la communauté internationale, aux efforts tendant à trouver des solutions adéquates.

C’était le cas lors du conflit libyen, c’est le cas avec la tragédie syrienne. Vous avez pu observer et constater l’important rôle assumé par la Turquie durant les récents évènements survenus aussi bien en Lybie qu’en Syrie. Au delà de nos relations historiques et culturelles avec la Lybie, il fallait évacuer provisoirement environ 25 mille ressortissants turcs en moins d’une semaine. L’opération a été effectuée d’une manière réussie, et nous avons évacué également quelques centaines de ressortissants d’une quarantaine d’autres pays.

La tragédie syrienne nous préoccupe plus que n’importe quel autre pays pour une raison très simple : nous avons avec ce pays 911 kilomètres de frontière commune. Nos citoyens vivants dans les régions frontalières ont des membres de leurs familles de l’autre côté de la frontière. Il y a actuellement plus de 25 mille syriens qui ont demandé et obtenu l’accueil en Turquie suite à l’éclatement du conflit interne. Depuis plus d’un an nous avons subvenu à leurs besoins par nos propres moyens. C’est pour ces raisons là que nous avons été les premiers à souhaiter qu’une solution rapide soit trouvée à cette tragédie. C’est dans cette perspective que nous avons accueilli récemment à Istanbul les représentants des pays « des amis du peuple Syrien » afin de trouver une solution pacifique et de mettre fin à la situation actuelle dans ce pays.

Force est de noter à cet égard que, dans le cas du conflit syrien comme dans le cas des autres questions internationales, la Turquie a attaché une importance capitale à la coopération et aux consultations avec ses alliés européens et atlantiques dont elle partage les mêmes valeurs universelles. Aussi, il convient de souligner à ce propos qu’il y a complémentarité et pas de bifurcation dans notre politique étrangère.

3. Une autre source d’interrogations en ce qui concerne notre pays provient de notre performance économique des dernières années. L’économie turque affiche depuis 2005 une croissance considérable et continue, malgré la crise économique globale et surtout la crise de la zone Euro avec laquelle elle effectue la moitié de ses échanges. Au cours des années de 2010 et 2011 la croissance de la Turquie était la plus élevée et la plus rapide parmi les pays de l’OCDE. Autrement dit, votre serviteur vous amène aujourd’hui un petit peu de ce qui semble faire défaut ici : la croissance.

C’est un des rares pays qui s’est montré résistant à la récente crise de la dette grâce aux importantes réformes mises en place à la suite de la crise bancaire et monétaire de 2001. Ainsi l’inflation chronique a considérablement décru des figures de trois digits à un seul digit. Le secteur bancaire a été préservé sans intervention du secteur public. Le PIB et l’exportation ont été triplés depuis 2002.

Le résultat global a été obtenu grâce au concours de plusieurs facteurs bien sûr : la stabilité politique, une politique économique ferme et le moins populiste possible, et bien évidement l’engagement à satisfaire les critères d’adhésion à l’UE. Sous l’effet conjugué de ces facteurs ;

La Turquie est devenue la 16e économie mondiale.

Elle est le 15e exportateur, 22e importateur et le 5e marché émergent dans le monde.

Notre population a atteint presque 75 millions et notre PIB est d’environ 772 Milliards de Dollars.

Le taux de croissance a été de 7 % en 2009, 9% en 2010 et 8,4% en 2011. Le taux estimé pour 2012 est de 5 %.

Le volume des échanges est d’environ 300 milliards de Dollars par an. L’objectif est d’atteindre un niveau d’exportation de 500 Milliards de Dollars en 2023, année du 100ème anniversaire de la proclamation de notre république.

La diminution du taux d’inflation à un niveau en dessous de 10 % a permis de maintenir la stabilité économique.

La dette souveraine ne représente que 37 % du PIB et le déficit budgétaire 1,7 % du PIB. Nous sommes en fait parmi les rares pays européens qui satisfont aux critères économiques de Maastricht.

Les investisseurs étrangers s’intéressent de plus en plus aux affaires en Turquie.

La Turquie a l’une des populations les plus jeunes en Europe. De par sa situation géographique et stratégique, elle est un transit stable pour les ressources énergétiques.

Le processus d’adhésion à l’Union européenne permet à notre pays de maintenir des niveaux de standards dans tous les domaines, tant économique que politique.

La Turquie est l’une des plus importantes destinations touristiques dans le monde. Elle a accueilli environ 32 millions de touristes en 2011. 600 mille de nos amis belges ont visité notre pays l’année dernière.


L’effet le plus perceptible des éléments précédents se traduit au niveau des investissements directs. Ainsi, le montant d'investissements directs étrangers qui était de moins d'un milliard de Dollars en 2002, a atteint un niveau record en 2007 avec 22 milliards de Dollars. Malgré la crise cette tendance est maintenue et notre pays a attiré de l'ordre de 10 milliards de Dollars d’investissements directs par an durant les trois dernières années.

Les investissements étrangers directs en Turquie en 2011 ont grimpé en flèche et le pays a réussi à attirer 15,9 milliards de Dollars d'investissements étrangers.
L’Europe, grâce à sa proximité géographique et à l’étroitesse de ses liens commerciaux, est le premier investisseur direct en Turquie : elle a ainsi généré 79% des flux de capitaux investis en 2010 (84% en 2009).
La Belgique occupe, fin 2011 et en termes de stocks, le 3e rang des investisseurs étrangers en Turquie avec 7,2 milliards de Dollars, derrière les Pays- Bas (15,44 milliards de Dollars) et les Etats-Unis (7,3 milliards de Dollars).
Notre Premier Ministre M. Erdoğan a annoncé le 6 Avril dernier une série de mesures incitatives qui seront entrées en vigueur dans les semaines à venir. Ces mesures à 4 piliers ouvriront davantage les portes de la Turquie aux investisseurs étrangers. Je vous invite à vous adresser à notre Conseillère Commerciale afin d’obtenir plus d’informations sur ce sujet.
Comme je venais de le faire remarquer, la stabilité politique et le processus d’adhésion à l’UE ont contribué considérablement à l’amélioration de la gestion économique de notre pays.

4. A ce propos et pour bien cerner la situation actuelle, je voudrais faire quelques remarques en ce qui concerne notre processus d’intégration européenne. A cet égard, nous sommes bien sensibles au soutien régulier que les gouvernements belges successifs ont accordé à notre démarche européenne.


Notre histoire d’association avec l’UE a commencé en 1963, avec la signature de l’Accord d’Ankara et, a traversé plusieurs étapes successives et importantes depuis. Je dois souligner que, le processus de l’UE pour la Turquie est une stratégie étatique. La démarche europpéenne de la Turquie puise sa source dans nos réformes républicaines et s’intègre bien dans le processus de modernisation de notre pays.

Nous avons réalisé l’Union douanière en 1996 et nous sommes le seul pays à le faire avant même de devenir membre à part entière.

Depuis le début du processus d’adhésion, la Turquie fait des progrès importants pour satisfaire aux critères tant économiques que politiques. Au vu des résultats obtenus dans cette perspective, notre pays a commencé les négociations d’adhésion en 2004 conformément aux decisions prises durant le Sommet de Bruxelles.

Comme vous en êtes bien informés, actuellement nous traversons une période de stagnation dans notre processus de négociation avec l’UE. En effet, jusqu’ aujourd’hui, 13 des 33 chapitres ont pu être ouverts et seul le chapitre Science et recherche, a été provisiorement clôturé. Les 17 des 20 chapitres restant sont bloqués pour des raisons exogènes à la nature même du processus d’adhésion. Huit de ces chapitres (libre circulation des marchandises, droit d’établissement et libre prestation de services, services financiers, agriculture et développement rural, pêche, politique des transports, union douanière et relations extérieures) ont été bloqués par une décision du Conseil prise en décembre 2006, quatre de ces chapitres (Agriculture et développement rural, Economie et politique monétaire, politique régionale, clauses financières et budgétaires) ont été bloqués par une décision unilatérale prise par la France et six autres (Libre circulation des travailleurs, Culture et Education, Energie, Justice – Liberté et Sécurité, Juridiction et Droits fondamentaux, Politique étrangère, Défense et Sécurité) restent bloqués par l’administration chypriote grecque. Si bien qu’il reste seulement trois chapitres négociables, à savoir Marchés publics, Concurence et Politique Sociale.

La France a par ailleurs bloqué le chapitre “Institutions” sous prétexte qu’il est en relation directe avec l’adhésion à part entière.

Dans ce contexte, le processus des négotiations entamé en 2004 est arrêté depuis 2010 pour des raisons qui sont tout à fait exogènes aux relations euro-turques. Cela fait trois présidences successives que nous n’avons pas pu ouvrir de chapitres supplémentaires. Actuellement un nouveau processus intitulé “Agenda Positif” a été mise en oeuvre entre les Parties afin que ce dernier contribue au processus d’Adhésion de Turquie à l’UE. Toutefois nous poursuivons les réformes politiques et économiques en vue de l’alignement intégral de notre législation à l’acquis communautaire. Même si la Turquie n’est pas encore membre à part entière de l’UE, il convient de remarquer que le processus d’adhésion a permis de transformer notre pays d’une manière profonde et efficace, dans le domaine économique, politique et social. Des réformes d’une large envergure ont été réalisées quasiment en une décennie. Nous les poursuivons pour le bien-être de notre population et pour la prospérité de notre pays.

Néanmoins, pour pouvoir maintenir la crédibilité du processus d’intégration de la Turquie à l’UE, il faut que des résultats concrets puissent être observés. Pendant trop longtemps, l’Union n’a pas respecté ses engagements. L’Union devrait respecter les engagements qu’elle a pris envers la Turquie, de la même manière qu’elle l’a fait envers les autres pays candidats. De même pour les autres engagements souscrits a Helsinki par l’UE, afin que nul ne puisse douter de sa crédibilité. Nous espérons que l’UE aura une approche plus positive et efficace concernant nos attentes et permettera ainsi la continuation et l’achèvement du processus des négotiations. Nous espérons également que dans les mois à venir la Belgique ne manquera pas de continuer à apporter son soutien dans cette perspective.


Mesdames et Messieurs,


Cet exposé serait incomplet sans parler des relations entre la Belgique et la Turquie. Comme vous le savez, elles ont débuté en 1837 avec la reconnaissance par l’Empire d’Ottoman de l’Indépendance de la Belgique. Nos relations diplomatiques ont été établies en 1848. La visite effectuée par le Duc de Brabant, futur Roi Léopold II de Belgique, à Istanbul en 1860 a apporté une impulsion considérable à nos relations. Depuis, elles continuent à se développer.

Au début des années 1840, les entrepreneurs belges, conscients de l’importance de l’Empire Ottoman en général mais aussi et en particulier en matière de commerce international, commencèrent à venir s’établir à Istanbul. Les relations économiques et commerciales datent de la première moitié du 19e siècle et continuent depuis cette époque à se développer. Les deux pays sont membres du Conseil de l’Europe, de l’OTAN, de l’OCDE, de l’OSCE et de l’OMC. La communauté turque, de plus de 220.000 personnes, est bien intégrée en Belgique, comme le montre la présence de plusieurs élus d’origine turque au Parlement Fédéral et Régional belge.

Les organisations telles que le Conseil d’Affaires Belgo-Turc et bien d’autres organisations semblables ont été crées avec comme objectif développer la coopération entre les sociétés turques et belges, en particulier dans le domaine de la construction, de l’énergie, de l’industrie et de la télécommunication. Ces structures ont également pour but de promouvoir la collaboration entre les PMEs belges et turques.


Mesdames et Messieurs,


Nos relations économiques et commerciales sont basées sur la Décision de 1/95(Union Douanière) datant du 1.1.1996.

Malgré la crise, les échanges bilateraux entre nos deux pays ont enregistré un volume total d’un montant de 7,8 Milliards d’Euro en 2011. Cela traduit un accroissement de presque 20 % par rapport à l’année passée. Toutefois, je ne pense pas que ces chiffres reflètent le potentiel de nos pays respectifs.

La Turquie est la 13ème sur la liste des principaux clients et la 18ème sur la liste des principaux fourrnisseurs de la Belgique. La composition de nos échanges est semblable à celle de la Turquie avec l’UE.

Les investissements belges en Turquie ont atteint un niveau considérable avec un montant de 7,2 Milliards de Dollars en 2011(Novembre 2011).

Medames et Messieurs,

Il convient de préciser que le monde des affaires n’apprécie pas, à juste raison d’ailleurs, les problèmes politiques. Nos relations avec la Belgique se developpent dans tous les domaines à un rythme soutenu. Non seulement qu’il n’y a pas de problèmes politiques entre nos pays, nos deux pays adoptent des positions similaires en ce qui concerne les grandes questions internationales. Je me permets de souligner également que les relations politiques entre nos deux pays ont atteint un nouveau stade durant les dernières années.

Les consultations politiques que nos Ministères des Affaires Etrangères ont réalisées récemment à Ankara et la récente visite en Turquie du Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangeres, Monsieur Didier Reynders ont permis de confirmer notre volonté reciproque de développer d’avantage nos relations à tous les niveaux.

Durant ces échanges il a été question évidemment de la Mission Economique Princière en Turquie, qui aura lieu du 14 au 20 Octobre prochain. Nous attachons une importance considerable à cet événement et nous oeuvrons pour que cela soit un réel succès. C’est une grande opportunité pour les milieux d’affaires des régions en Belgique comme en Turquie. A cet égard, nous sommes prêts à approfondir toutes coopérations et collaborations en tant qu’Ambassade, Bureau du Conseiller Commercial et toutes autres institutions publiques et privées.

Tout en tenant compte des opportunités du marché turc et de l’importance du secteur privé belge dans le monde, nos deux pays peuvent être complémentaires afin de réaliser des coopérations triangulaires.

J’espère que ceci a permis à vous tous de revoir le potentiel et la capacité de la Turquie et ce qu’elle peut offrir aux sociétés et investisseurs belges.

Je vous remercie pour votre attention.

Pazartesi - Cuma

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